|
|
La maxi traîtrise du Traité de Lisbonne
Repris sur Marianne2.fr
Par Christian Hutin, député du Nord (MRC), qui voit dans
le « mini traité » européen de Nicolas Sarkozy une vol de la
souveraineté du peuple, et réclame un référendum.
Les raisons de refuser ce traité sont nombreuses mais
je n'en citerai que quelques unes qui me paraissent fondamentales.
Il y a tout d'abord une question de morale et de conviction personnelle.
Depuis Maastricht, je me suis toujours opposé aux différents textes qui
furent présentés aux suffrages des Français. Certainement pas par
opposition à la fraternité des nations entre elles et aux projets
qu'elles peuvent mener ensemble, mais justement parce que je considère
que ce n'est pas en dépossédant les peuples de leur souveraineté, et
donc de leur liberté, que nous ferons progresser la démocratie. Or,
aujourd'hui, je constate que l'Union européenne est incapable de
transformer en pouvoir démocratique les transferts de souveraineté que
consentent à faire les États membres. Cette machine à défaire de la
démocratie au profit d'un pouvoir technocratique, certes compétent, mais
détaché de la légitimité populaire ne mène qu'à une impasse politique.
La situation de l'Euro en est la caricature. Sans contrôle politique,
voilà une monnaie qui met en évidence les très fortes distorsions qui
existent au sein des différentes économies européennes. Certes, la
France a des faiblesses, mais elle a aussi des atouts. Un euro à 1,5
dollar est un boulet, pas seulement pour la France dont le tissu
économique, l'histoire économique et sociale, ne sont pas ceux de
l'Allemagne. La crise financière qui secoue actuellement les places
boursières ainsi que l'attitude de la Banque centrale européenne
illustrent hélas cet état de fait.
Ensuite, je me suis battu avec le MRC, aux côtés de Georges Sarre et
Jean-Pierre Chevènement, pour la victoire du « non » le 29 mai 2005. Je
ne vois donc pas pourquoi je changerai de point de vue aujourd'hui. «
Mini traité » ou « traité simplifié » me dit-on. Allons ! Qui peut
croire pareil mensonge? La quasi intégralité du Traité constitutionnel
européen se retrouve dans celui de Lisbonne. De l'aveu même de Valéry
Giscard-d'Estaing qui est venu le dire devant les députés à l'Assemblée
nationale le 16 janvier dernier. Tout y est, sous forme d'amendements,
d'annexes ou de renvois aux textes déjà existants. C'est en réalité
d'une maxi traîtrise dont il s'agit.
L'argumentation de Nicolas Sarkozy ne tient pas une seule seconde à un
examen critique digne de ce nom. Il nous avait dit qu'il ferait voter
par voie parlementaire son « traité simplifié ». Mais de qui se
moque-t'on ? Ce texte illisible est indigeste (256 pages). Ensuite,
comment accepter de renoncer à un référendum sur un texte qui n'existait
même pas au moment où la promesse a été faite? Autrement dit, il a
demandé aux Français : « faites-moi confiance, faites-moi un chèque en
blanc, j'ai entendu votre message du 29 mai, je saurai respecter votre
vote ». Et bien, cela est faux, et Nicolas Sarkozy a menti. En aucun
cas, nous n'avons à nous sentir tenu par cet engagement de campagne, car
seul ce qu'un référendum a fait, un référendum peut le défaire. De plus,
accepter ce genre d'argument, c'est en réalité renoncer à l'idée même de
s'opposer à la politique de Nicolas Sarkozy. Si certains renoncent,
surtout à gauche, en ce qui me concerne ainsi que mes amis du MRC, ce
n'est pas le genre de la maison.
Il convient donc de respecter la volonté du souverain, c'est-à-dire du
peuple. Il ne s'agit pas d'un simple « règlement intérieur » pour
faciliter le fonctionnement des Institutions européennes, car toutes les
objections que nous pouvions faire à la Constitution européenne, nous
pouvons les faire au Traité de Lisbonne. A celles et ceux qui pourraient
me considérer comme archaïque, pour lesquels la souveraineté populaire
ne compte pas, je pose simplement deux questions : si ce n'est pas le
peuple qui est le souverain, alors qui l'est ? Et si le peuple n'est pas
le souverain, peut on se considérer comme des femmes et des hommes
libres ?
Or la gauche, ou en tout cas une partie d'entre elle, n'a rien à gagner
à poursuivre le mélange des genres et à s'allier avec les forces les
plus libérales, qui voient dans la construction européenne actuelle leur
triomphe idéologique.
Tout comme je me suis opposé le 15 janvier à la révision de l'article 15
de la Constitution, je m'opposerai le 4 février prochain à la réforme de
notre loi fondamentale. De même, à l'Assemblée Nationale je voterai
contre la ratification du Traité de Lisbonne.
 |
|